Sylvaine Vaucher est une artiste qui vit et sent son travail en tant que l’on vit et sent la force de vie. Elle est sa meilleure oeuvre, et c’est ce que l’on ressent en parlant avec elle, en regardant ses photos ou en lisant ses mots. Dans ce post nous recueillons un morceau d’elle, mais cette femme est tellement importante que nous aurions besoin de beaucoup plus que d’un entretien et une poignée d’images. Ses paroles transpirent la sagesse. Elle est pure poésie et son oeuvre un morceau de son âme qu’elle a voulut nous offrir aujourd’hui.

enkil: C’est qui, Sylvaine Vaucher?
Sylvaine Vaucher: Je suis un fossile porté par les vagues de la littérature, la musique, la photographie et tout ce qui frémit sur les rivages incertains. Je suis dans l’ombre de la lumière que le ciel m’accorde quand mon âme échoue sur les nuages de mes émotions. Je suis une tourmente tourmentée. A force d’aimer j’ai épuisé mon cœur et j’ai recréé le réel et l’imaginaire. Je suis un arbre sans racine, une fleur écorchée, une illusion multipliée.

enkil: ¿Comment vous vous mettez en photographie et pourquoi ?
Sylvaine Vaucher: Je dirai plutôt pourquoi me suis-je photographiée ¡ tout d’abord, parce que je pouvais à chaque instant m’avoir sous la main, à ma propre disposition, et gratuitement. Un modèle s’il n’est pas ta complice, coûte cher. Ensuite depuis la naissance de ma conscience je n’ai jamais su qui j’étais, lequel du moi et du soi dominait ou cohabitait. Je croyais n’être qu’un cerveau et le regard des autres m’a appris et me montrait que j’étais aussi un corps et l’objet d’un désir. Mais moi est-ce que je me trouvais belle ou désirable à mes propres yeux ¿ Ce fut ma quête et c’est encore ma quête en vieillissant.

enkil: ¿Qu’est-ce que Sylvaine pense de l’art? ¿C’est de l’art, la photographie ?
Sylvaine Vaucher: Bien entendu et dans toutes ses formes, comme la peinture. Elle a en plus le privilège de l’instant éternisé.

enkil: ¿Quelle est la technique que Sylvaine utilise dans ses photographies : digital, traditionnelle ou laboratoire ? ¿Laquelle préfère-t-elle ?
Sylvaine Vaucher: J’ai utilisé la technique traditionnelle ayant eu mon propre laboratoire et studio photo. Maintenant je ne fais que de la photo digitale et photoshop est mon laboratoire. Mais je préfère l’ancienne méthode surtout pour le Noir&Blanc. Me manquent ces instants d’intimité, le parfum des acides, la magie du développement, de l’agrandissement, toute cette alchimie nichée dans la chambre noire. En revanche je ne regrette pas l’appareillage lourd et sophistiqué du matériel de studio. C’était cher et lourd à porter. Le numérique lui est léger et peu encombrant et l’investissement est d’un moindre coût. (Je précise que dans mes autoportraits et doubles expositions sur le même négatif, j’étais reliée à un câble, sorte de nombril élastique !)

enkil: ¿Quels sont vos outils de travail ?
Sylvaine Vaucher: Pour la photo traditionnelle on les voit sur mon site…sur les pages en noir et blanc. Pour le reflex numérique deux appareils et quelques objectifs. Je ne mentionnerai pas de marque. (Pas de pub !)

enkil: ¿Qui ou quoi vous inspire ? ¿Comment les idées vous arrivent-elles pour vos photographies ?
Sylvaine Vaucher: L’instant, l’éternité et l’absence. Les émotions tant spirituelles que physiques, mes humeurs, le temps qui passe, l’actualité, les amours, la mise en scène, la lumière naturelle que je découpe ou prolonge par des pauses plus ou moins longues. Je faisais la même chose en photos traditionnelles.


enkil: ¿Quel est le sentiment que Sylvaine a avec ses photographies et quel sentiment veut-elle transmettre aux spectateurs ?
Sylvaine Vaucher: Modestie, thérapie, un besoin de créer encore créer, me transcender, me stimuler, être à la fois présente et absente. Je ne veux rien transmettre : on me prend ou me  jette. J’ai mis tellement de temps à vivre et être moi et moi-même !!!

enkil: Dans vos photographies sont très présentes la féminité et l’érotisme. ¿Ce sont un élément principal dans l’Art de Sylvaine ?
Sylvaine Vaucher: La femme oui, n’en suis-je pas une et à même de la connaître ? L’érotisme : de mon temps, quand je publiais ou exposais on parlait de « body art » ou de nus artistiques. Je ne vois pas d’érotisme dans mes photos ; je vois le regard amoureux d’une femme qui porte son regard sur une autre. Il y a fusion, complicité, bonheur, tendresse entre le modèle et moi.
Non ce n’est pas l’élément principal : je suis amoureuse de la Nature et de la Beauté dans son intégralité.

enkil: ¿Est-ce que Sylvaine se considère une artiste transgressive ?
Sylvaine Vaucher: A toi et aux autres de juger. Je suis moi, libre, authentique et fantasmatique. Je suis mon propre duel et je me moque des estocades.


enkil: ¿Vous croyez que le public en général, et le public masculin en particulier, a tendance à interpréter l’érotisme de façon peu artistique ?
Sylvaine Vaucher: Quand j’ai commencé à faire de la photographie de nus, en 1970 et jusqu’à aujourd’hui, mon travail a été et est toujours considéré comme artistique. Même pour les plus pudiques. Peut-être est-ce parce que je suis une femme ! Le public masculin de même. La connotation péjorative du mot érotique est apparue avec le web et la perversité de certains voyeurs.

enkil: Il y a aussi un air magique et mystérieux très réussi surtout dans les photographies de « Phantasme », des images qui contiennent une photographie au dedans d’une autre. ¿Qu’est que Sylvaine veut-elle exprimer avec cela?
Sylvaine Vaucher: J’ai deux yeux en conflit ou en harmonie. Quand je prends une photo il y en a toujours une autre qui se cache derrière. J’ai toujours mélangé le réel et le fantasme. J’ai de la peine à voir une photo seule avec elle-même. C’est comme avec moi. J’ai besoin de l’autre moi pour exister. Et là je dois dire que si tu sais utiliser photoshop se sont des heures de travail dans le bonheur.
Il n’y a que dans le reportage que je laisse vivre la photo d’elle-même à travers mon regard. Là c’est un témoignage. J’ai aussi été reporter.

enkil: Vos photographies sont surtout en noir et blanc. ¿Vous croyez qu’elles transmettent plus de sensations que la photographie colorée ?
Sylvaine Vaucher: Elles étaient en noir et blanc dans la période traditionnelle. Je n’aurai, et ne supporte pas que quelqu’un d’autre fasse mes tirages ou mes agrandissements à ma place. Je faisais de la couleur quand je faisais de la pub et autres fonctions alimentaires. Les photos que tu vois en noir et blanc datent de cette période. (Blackandwhite-Lovers-Perception-Poem)
Actuellement avec un de mes appareils que je règle en fonction de l’éclairage je travaille directement en nb et avec l’autre, mêmes conditions, en couleur. Je travaille toujours en pause, je n’aime pas le flash.
Je préfère le noir et blanc ; mais avec le digital, comme je peux manipuler la couleur je me suis réconciliée avec elle.


enkil: « Stars » sont des photographies faites à main levée sur votre écran TV et adaptées. Ces photographies s’actualisent tous les jours, elles ramassent plans de différentes stars du cinéma. ¿Est-ce qu’on peut les considérer un hommage au cinéma classique ?
Sylvaine Vaucher: Oui absolument, et en plus de l’inconfort à prendre ces photos, je me sens comme la reporter que j’ai aussi été. Le film défile comme la vie…et pas de possibilité d’arrêt sur image. Quand j’en rate une je gueule. Je travaille entre 800 et 1600 Iso en pause évidemment. La retouche est un travail de titan (sourire).


enkil: “Fractales”, c’est, peut-être, votre travail le plus abstrait, ¿Comment Sylvaine arrive à obtenir ce résultat et qu’est-ce qu’elle veut nous transmettre ?
Sylvaine Vaucher: J’obtiens ce résultat en mélangeant, superposant et travaillant une photo  avec un plugin qui s’appelle KPT5.
Transmettre ? Plutôt jouer avec le pure plaisir de mélanger les genres, de transformer la réalité par du rêve ou des cauchemars.

enkil: Dans votre site on peut trouver d’excellentes photographies mais aussi musique et poèmes. Ceci exprime beaucoup votre sensibilité comme artiste en complémentant photographie et littérature.  ¿Quels-sont les auteurs qui vous arrivent au cœur et vous inspirent ?
Sylvaine Vaucher: Cher Enkil, il y en a trop, et si j’en citais un plutôt qu’un autre, je me sentirais trahie, et trahir ceux que j’aime. J’ai fait, avant que la photo ne me choisisse, des lettres et de la musique classique.

enkil: Moi, je suis sur de que votre sagesse artistique embrasse tous les domaines, c’est pour cela que je vais vous demander de me dire les photographes et artistes en général que vous aimez le plus.
Sylvaine Vaucher: Oui elle embrasse tous les domaines. Il y a dans chaque artiste, amateur ou professionnel toujours quelque chose qui me touche ou me procure une émotion. J’ai l’âme, le cœur et tous mes sens toujours en ébullition. Alors comment veux-tu que j’en cite un plutôt qu’un autre. Ce que je sais, c’est que dans mon travail photographique je n’ai pas eu de modèle, d’influence. J’étais et je reste moi, comme ils étaient ou sont et restent eux. Mais je veux bien en citer quelques uns pour tes lecteurs. C.Baudelaire, Shakespeare, Man Ray, Salgado, Doisneau, Bach, Verdi, Picasso et Goya.


enkil: En Espagne il y a des inconvénients pour exposer, en peinture, en photographie mais aussi dans d’autres disciplines artistiques. ¿Vous croyez que c’est difficile pour ceux qui se donnent à la photographie artistique d’avoir des débouchés ?
Sylvaine Vaucher: En Suisse ou en France ça l’a toujours été. Sauf que de mon temps il ne fallait pas payer pour être exposé.
Actuellement tout se paye…même ce qui n’existe pas.  Mais il faut bombarder le Monde de créations, ne jamais se priver de s’exprimer, quitte à faire à côté un travail alimentaire. Un monde sans artistes est un monde sans âme et sans esprit.

enkil: Vous avez, bien sûr, une vie pleine d’anecdotes et expériences incroyables. ¿Vous voulez nous raconter quelque chose pour mieux vous connaître ?
Sylvaine Vaucher: Cher ami, demande à mes rides elles te raconteront plein d’histoires. J’ai vécu, j’ai vu, j’ai connu tant de situations, d’artistes, de politiques, de gens simples et immenses, de l’espace, de la liberté, des joies et des tristesses, des maladies et tant et tant que je me dis que maintenant je pourrais partir. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir 20 ans en 1962. Je suis une femme assez triste mais pleine d’humour, très lucide, vulnérable, qui est née à un bon moment et j’aurai honte d’oser me plaindre. Je fais confiance en l’homme, et j’espère qu’il aura la sagesse de préserver un monde meilleur qu’actuellement, pour les survivants, pour les enfants et leurs enfants.